Les prières des joueurs ont été entendues. Depuis plusieurs années maintenant, les fans de God of War n’attendent qu’une seule chose : que Santa Monica Studio se lance dans le remake des trois premiers opus de la franchise, après avoir apporté une conclusion exceptionnelle à la saga nordique avec God of War Ragnarok. Et cela tombe bien, puisque comme nous avons pu l’apprendre lors du dernier State of Play, ce doux rêve va désormais pouvoir devenir réalité. Oui, la Trilogy Remake arrive, même s’il va falloir prendre son mal en patience avant de pouvoir y jouer étant donné que le studio n’en est qu’aux prémices de son développement. Et tandis qu’aucun détail n’a encore été confirmé à son sujet, une grande question se pose alors : quelle approche va bien pouvoir privilégier Santa Monica pour ce projet ?

Pas touche à mes God of War

La première idée à laquelle l’on pourrait penser, et qui est sans doute celle qui ferait le plus plaisir à de nombreux fans de la première heure, serait que nous ayons affaire à un remake littéral (ou presque) des God of War originaux, un peu à la manière d’un The Last of Us Part 1 ou d’un Demon’s Souls. Après tout, il faut avouer que la saga grecque avait une approche réellement unique qui, malgré les années qui ont passées, pourrait tout à fait continuer à se défendre de nos jours. Par exemple, on imagine forcément très mal comment Santa Monica pourrait réussir à se passer des plans de caméra fixes, qui conféraient toute la grandeur et le gigantisme inhérents à la quête de vengeance de Kratos au sein de l’Olympe. Et aussi incroyables soient-ils, God of War (2018) et sa suite s’en veulent alors être la meilleure illustration.

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Kratos sur les Coursiers du Temps dans God of War 2

Car en dépit de tous les éloges que l’on peut faire au dyptique qui compose la saga nordique, l’un des regrets les plus récurrents que l’on trouve chez les fans, et à raison, reste que la nouvelle approche de la franchise a quelque peu perdu ces sensations de démesure qui faisaient précisément le sel des premiers God of War. C’est vrai, cela n’a pas empêché Santa Monica de mettre en scène des lieux gigantesques, au même titre que d’impressionnants combats contre des dragons ou même un chien géant. Mais quoi qu’on en dise, la vue caméra à l’épaule atténue forcément l’impact de l’échelle, qui reste ainsi probablement indispensable pour mettre en scène des séquences telles que le combat contre le Colosse de Rhodes dans God of War 2, ou ceux contre Poséidon et Cronos dans God of War 3. Pour ne citer qu’eux.

Bien sûr, d’aucuns pourraient alors nous répondre que l’on pouvait avoir des craintes similaires avec les premiers remakes de Resident Evil, mais aussi Silent Hill 2. Et ils auraient raison. Car s’il y a bien une chose qu’a réussi à nous prouver Bloober Team avec ce dernier, c’est qu’il était tout à fait possible de réinventer le chef d’œuvre de Konami en modifiant l’approche, et en restant pourtant profondément fidèle au titre original. Ce faisant, on pourrait ainsi peut-être envisager l’idée d’une sorte d’entre eux pour les remakes de God of War, qui pourraient s’en tenir à la vision originale de Santa Monica tout en modernisant certains aspects pour nous surprendre. Un peu à la manière de ce qui a déjà été fait dans Valhalla, l’extension de God of War Ragnarok, même si la question reste résolument plus complexe que dans le cas d’un Silent Hill 2.

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Combat contre Poséidon dans God of War 3

Sexe, nudité, violence... Que garder dans le remake ?

Maintenant, serait-ce réellement dans l’intérêt du studio de s’en tenir stricto-sensu à ce qui a été fait par le passé ? Surtout au vu du succès, critique comme commercial, des deux derniers jeux ? Pas forcément, et ce pour plusieurs raisons. Tout d’abord, quoi qu’on en dise, le jeu vidéo a évolué. La vision de PlayStation a évolué. Et surtout, les mœurs ont évolué. Par conséquent, ce qui était sans doute encore accepté et acceptable à une certaine époque pourrait aujourd’hui avoir beaucoup plus de mal à passer auprès de certains, ou en tout cas ne plus coller à l’image que souhaite se donner une marque comme PlayStation auprès du grand public. Vous le voyez sans doute venir, donc : quid de la place de certains éléments de gameplay comme les mini-jeux sexuels, qui se sont inscrits comme une tradition jusqu’à God of War Ghost of Sparta ?

D’un point de vue tout à fait personnel, je ne vous cache pas que leur absence ne me ferait ni chaud ni froid. Non seulement ces dernières n’apportaient rien à l’expérience de jeu, et traduisaient surtout un esprit sans doute encore assez immature dans le monde du jeu vidéo à cette époque, mais en plus j’ai toujours trouvé qu’elles dénotaient avec l’histoire personnelle de Kratos qui nous est contée. Pourtant, il reste évident que leur retrait pourrait être perçu par certains fans comme une tentative de censure de la part de PlayStation ou Santa Monica, ce qui pourrait forcément faire des déçus. Et dans la même idée, cela nous amène alors à une autre question d’ordre similaire : quid de la violence dépeinte dans ces jeux ? Car il faut le dire : le Kratos de la saga grecque pourrait faire passer le Kratos de la saga nordique pour un enfant de cœur.

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La nudité était très présente dans les premiers God of War

Volontairement outranciers, insolents et même parfois totalement gratuits, les premiers God of War ne reculaient devant rien pour nous montrer jusqu’où le dieu grec était prêt à aller pour mener à bien sa quête de vengeance. Et autant y retirer les mini-jeux sexuels n’impacterait d’aucune façon l’expérience de jeu dans son ensemble, autant le simple fait d’y atténuer la violence pourrait mettre à mal tout le propos de la trilogie. Autant dire, donc, que Santa Monica risque de devoir résoudre une question complexe, encore plus à une époque où les jeux se veulent de plus en plus réalistes sur le plan graphique. Et quand on voit les nombreuses polémiques qui émergent face à un simple trailer de GTA 6 parodiant la réalité, on imagine aisément ce que pourrait provoquer un jeu dans lequel le joueur est invité à décapiter un homme à mains nues.

Réinventer le mythe

Mais outre les questions d’ordre moral, n’oublions pas non plus que la façon de raconter et de mettre en scène une histoire a beaucoup évolué en l’espace de deux décennies. Y compris au sein d’un studio comme Santa Monica, en témoigne le travail effectué par les équipes sur le soft-reboot de God of War en 2018. De fait, il serait assurément plus intéressant de profiter de ce remake pour nous replonger dans toute l’immensité de la saga grecque, mais au travers d’une nouvelle vision plus contemporaine. Un peu à l’instar de ce qu’a su faire Capcom avec Resident Evil 4 Remake, par exemple. Car il faut tout de même le dire : si les premiers God of War en racontent bien plus qu’ils n’ont l’air de le faire à première vue, on ne peut pas dire non plus qu’ils étaient du genre à s’encombrer d’une narration particulièrement profonde.

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La décapitation d'Hélios via un QTE reste l'un des moments forts de God of War 3

À l’aide de scénaristes comme Matt Sophos et Rich Gaubert, dont le travail s’est avéré admirable sur les deux derniers opus, Santa Monica pourrait ainsi profiter de cette occasion pour approfondir certains éléments de l’intrigue, et surtout apporter davantage de nuances et d’émotion aux personnages qu’elle dépeint. Par exemple, grâce au recul dont on dispose aujourd’hui, il serait sans doute intéressant de trouver une petite place, ne serait-ce qu’au détour de certains dialogues, à certains des événements qui nous ont été contés dans des épisodes comme Ascension, Chains of Olympus, Ghost of Sparta ou encore le très récent God of War Sons of Sparta. De quoi faire de cette trilogie un condensé ultime de tout l’arc narratif de la période grecque de la vie de Kratos, en somme.

D’ailleurs, on pourrait même aller encore plus loin dans l’idée, et se demander s’il ne serait pas plus pertinent pour Santa Monica de réunir les trois God of War en une seule et même grande aventure, qui débuterait avec les événements du premier opus pour se conclure sur ceux de God of War 3. Après tout, c’était en quelque sorte la vision défendue par David Jaffe et Cory Barlog en 2007, qui expliquaient en interview ne pas voir God of War 2 comme un vrai deuxième opus mais comme la suite de l’histoire de Kratos racontée dans le premier. Même si, on l’imagine aisément, une telle entreprise serait sans doute extrêmement complexe à mettre en œuvre, et pourrait ne pas correspondre à la vision de PlayStation consistant à rappeler à quel point chacun de ces trois opus a su marquer l’histoire de la PS2 et de la PS3 à sa manière.

Wallpaper God of War.
© SCE / Santa Monica Studio

La version ultime de God of War

Évidemment, l’idée d’une vraie réinvention ne se limiterait toutefois pas à la partie narrative du jeu, mais également à tout ce qui touche de près ou de loin à la partie gameplay. Nous avons déjà abordé la question du système de caméra, mais quid des autres mécaniques de jeu ? Ce remake doit-il par exemple reprendre la dimension light-RPG mise en place dans la saga nordique, et ainsi donner davantage de profondeur au gameplay ; ou doit-il s’en tenir au système déjà en vigueur à l’époque des God of War originaux ? De même, doit-il s’en tenir à la linéarité de ces derniers, quitte à être qualifié de « jeu couloir », ou doit-il plutôt ouvrir ses environnements pour accentuer l’exploration ? Sur ce point, j’avoue être plutôt de la première école, même si je me doute que tout le monde ne sera sûrement pas de cet avis.

D’autant plus que l’idée d’ouvrir les environnements pourrait alors être l’occasion pour Santa Monica de remettre en avant la dimension plateforme des premiers God of War, quasiment inexistante dans les derniers opus. À moins, là encore, que le studio ne décide finalement de s’inspirer de la saga nordique en proposant une expérience bien plus terre-à-terre, ce qui serait tout de même relativement dommage. Car aussi chouette cette dernière soit-elle, l’idée de remettre au cœur du gameplay une dimension plateforme pourrait mine de rien permettre à cette Trilogy Remake de mieux se distinguer de God of War (2018) et de sa suite, et ainsi de marquer une véritable évolution. Et c’est sans compter, bien sûr, les potentielles nouveautés inattendues que pourrait alors nous réserver Santa Monica pour l’occasion.

Car après tout, ce remake pourrait aussi être une belle opportunité pour le studio de concrétiser certaines des idées abandonnées à l’époque du développement des jeux, que ce soit pour des raisons de temps ou de moyens. Et au-delà même de faire office de joli cadeau pour les fans de la première heure, qui sont sans aucun doute nombreux à espérer pouvoir retrouver ce genre de surprises dans un tel projet, ce serait aussi une belle occasion pour Santa Monica de pouvoir boucler la boucle. Mais iront-ils, ou plutôt pourront-ils, réellement aller jusque-là ? Réponse dans les années à venir. Cela étant, quelle que soit l’approche qu’ils choisiront, une chose est sûre : nous serons au rendez-vous, impatients à l’idée de pouvoir nous replonger dans une version remise au goût du jour des premiers et mythiques God of War.